«Je suis comme la vieille tante qu’on ne veut plus»

, par Theodora Navarro.

Le secrétariat dentaire est un domaine parfois impitoyable où les secrétaires de plus de 50 ans ne sont pas toujours vues d’un bon oeil. L’emploi de Jeanne Vaillancourt (le nom a été changé), 55 ans, est sur la sellette en raison de son âge. Pour les lectrices de Secrétaire-inc, elle raconte sa réalité et son désarroi.

«Depuis 1997, je suis secrétaire dentaire. J’ai appris mon métier à la dure et sur le tas car, quand j’ai débuté dans le domaine, tout était fait à la main. Le secrétariat dentaire, c’est bien spécial car nous ne sommes pas les secrétaires les plus populaires au monde. Le dentiste, c’est une peu comme l’huissier (elle rit), les gens sont souvent souffrants, autant que leurs portefeuilles, c’est pourquoi il faut être agréable tout en ayant une tâche un peu ingrate.

Remplacée par une jeune

Un emploi pour vous?

En 2008, mon patron est tombé malade et a pris sa retraite. Par chance, nous nous étions informatisés l’année précédente, et j’avais entré toutes les données du bureau sans aide. Je suis restée seule pour vendre la clinique, avec mon ex-patron comme seul contact téléphonique. Elle a été revendue à un jeune dentiste qui a mis sur pied sa nouvelle équipe. J’étais pour lui une aide précieuse car je lui permettais de conserver la clientèle fidèle à mon ancien patron depuis quarante ans. Ce ne fut pas facile, mais on s’en est sortis!

Au bout de trois ans, fin 2011, j’étais brûlée, fatiguée et je me suis mise à éprouver certains problèmes de santé, mais j’étais toujours au bureau, fidèle au poste. Mon nouveau patron, sentant la soupe chaude – et mon âge était dans sa mire -, a trouvé une façon très cavalière de me remercier de mes services en inventant une histoire de toutes pièces, pour installer une secrétaire dans la jeune trentaine, sa clientèle ayant pris son essor.

Bien sûr, il s’agissait d’une pratique interdite, et je l’ai reçue comme un coup de poignard. Cette clinique était toute ma vie, les patients comme une grande famille et j’ai reçu au fil de toutes ces années de nombreux témoignages très touchants de leur part. Après avoir encaissé le choc, je suis allée aux Normes du travail, ce qui demande une bonne dose de détermination. J’ai gagné un certain montant d’argent, mais j’avais perdu bien plus: mon emploi à 55 ans!

«On attend que je sois opérationnelle de suite»

Après avoir fait un temps d’arrêt nécessaire et salutaire, je me suis mise à la recherche d’un nouvel emploi, à temps partiel cette fois-ci. Bien confiante d’avoir toute l’expérience requise et ayant plusieurs cordes à mon arc, je me suis mise à passer des entrevues, desquelles je suis sortie souvent gagnante… Cependant, rien ne se passait comme prévu, j’obtenais le poste mais on ne me gardait pas.

Pourquoi? Car l’on s’attendait à ce que, avec mon expérience, je sois capable de m’asseoir là où l’ancienne secrétaire était assise la veille et de reprendre son poste au même endroit où elle l’avait laissé. Mais chaque clinique a ses propres politiques, il y a différents systèmes informatiques, pas tous les mêmes, et il est faux de prétendre qu’ils se ressemblent tous.

Mais l’âge pose aussi d’autres problèmes. Dans une clinique dentaire, on essaie de mettre les jolies jeunes filles aux dents blanches et aux traitements d’orthodontie coûteux (et réussis) à l’accueil. Les jeunes ne me veulent pas et les plus âgées ont peur que je prenne leur place, même si je ne travaille qu’à temps partiel. J’ai cru à tort que mon expérience de vie et de clinique me servirait…

«Trop vieille»

J’ai un emploi depuis maintenant 6 mois et demi, mais mon poste est remis en cause. Deux des dentistes ne veulent plus travailler avec moi car ils me trouvent… trop vieille! L’un d’entre eux passe son temps à regarder mon travail par dessus mon épaule et trouve que je ne vais pas assez vite à l’ordinateur – essayez un peu de travailler avec une telle pression -, et l’autre a dit qu’il ne voulait pas employer quelqu’un qui «a l’âge d’être sa tante ou sa mère’».

J’ai complètement perdu confiance en moi et je réalise que je suis victime d’âgisme. Ma patronne elle, me trouve bien correcte, mais elle a la pression des dentistes qui font rouler la clinique, et ils ont préséance sur moi, il va sans dire.

Je ne sais plus que faire et aucun programme d’aucun ministère n’aide les personnes comme moi, qui ont encore un bon bout de chemin à faire dans le milieu du travail. Et ce n’est pas parce qu’on a plus de 50 ans que nous roulons sur l’or.

Quand on est longtemps secrétaire dentaire, comme moi, on n’est plus une secrétaire générale, ce qui fait que nos connaissances en perfectionnement de la bureautique est limité. Très difficile alors de postuler dans un autre type de secrétariat! Un très grand roulement de personnel s’en suit, car les secrétaires souvent en train de pleurer dans la salle de bain. Apparemment, je suis «un cas» d’avoir travaillé pour une même clinique pendant 15 ans, il paraît que c’est un record…»



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