Le calvaire de Chantal

, par Louise Proulx.

Chantal Monette a toujours été ronde. « Dès mon premier souffle, j’ai pris dix livres », raconte celle qui a passé sa vie de régime en régime, en passant par les injections et même par l’opération pour réussir à perdre ses kilos en trop.

Aujourd’hui, âgée de 51 ans, Chantal travaille comme adjointe administrative au centre L’îlot qui offre un service de gestion de crise pour prévenir le suicide à Laval. Elle y est très heureuse depuis trois ans, mais son parcours professionnel n’a pas toujours été aussi rose.

Si elle est prête à témoigner aujourd’hui des années durant lesquelles elle a été victime de harcèlement psychologique et sexuelle, c’est dans l’espoir d’aider d’autres comme elle qui n’ont peut-être pas le courage de dénoncer.

Un emploi pour vous?

Comment vous êtes-vous retrouvée secrétaire?

Mon père était propriétaire d’une compagnie de transport. Un jour, il a eu besoin de mes services et j’ai accepté de l’aider puisque je n’avais pas de travail dans mon domaine qui était à ce moment-là la coiffure. J’ai appris sur le tas comme on dit, mais, en 1994, je suis retournée aux études faire mon DEP en secrétariat et en comptabilité.

C’est en travaillant pour votre père que vous avez commencé à être harcelée?

Oui, par mon frère. Nous avions une dynamique dégueulasse. Dès que je faisais une erreur, il me traitait d’« arriérée », d’« imbécile » de « grosse torche ». On se chicanait tout le temps. C’est à partir de là que j’ai développé un « pattern » de harcèlement qui ne m’a plus lâché après.

Pourquoi vous avez cessé de travailler pour votre père?

Il a pris sa retraite. Je ne voulais pas restée seule avec mon frère. J’ai donc trouvé un emploi dans une autre compagnie de transport.

Vous avez été victime de harcèlement là aussi?

Oui, ça faisait deux semaines que je travaillais là, je devais peser 350 livres, pour vous dire, et le patron essayait toujours de me toucher. Il venait à mon bureau où se trouvait la machine de cartes de crédit et il jouait avec la fermeture de mon soutien-gorge.

J’ai été promue à la comptabilité, alors j’étais en contact direct avec lui. Il était toujours sur mon dos, il me disait des choses comme : « Je sais que tu aimerais que je t’enfile. » Je suis partie une première fois parce qu’il a essayé de me prendre les seins.

Pourquoi y être retournée?

Il m’a harcelée chez moi pour que je retourne. Il m’offrait de m’augmenter de deux dollars de plus de l’heure. J’y suis retournée à cause de mon insécurité financière ; j’étais une mère seule avec un enfant.

Qu’est-ce qui vous a décidée à quitter définitivement?

Mon corps ne fonctionnait tout simplement plus. Je ne me maquillais plus, ne m’habillais plus. Je souffrais de dépression.

Vous avez porté plainte?

À cette époque, la loi sur le harcèlement psychologique et sexuel n’était pas encore en vigueur aux normes du travail. Je suis allée à la CSST pour dénoncer. J’ai obtenu un dédommagement de 2000 $.

Vous vous en êtes donc finalement sortie?

Après deux thérapies, oui. Maintenant, je suis heureuse de travailler pour des psychologues et des psychothérapeutes. Aussi, je voudrais dire aux victimes de harcèlement de ne pas hésiter à porter plainte. Les normes du travail sont là pour ça.



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