Le télétravail prend lentement sa place au Canada

, par Radio Canada.

Le Canada est un des pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) où le télétravail est le moins développé. Les résistances et les préjugés sont encore nombreux, malgré des avantages tangibles dans certains secteurs, aussi bien pour les employés que pour les employeurs. Explications.

À Telus, 70 % des employés travaillent de chez eux. Dans une aire ouverte, au centre-ville de Montréal, les bureaux sont vides. Des employés ont choisi de travailler de leur domicile.

Catherine Bédard, directrice générale du service Personnes et culture – l’équivalent des ressources humaines –, affirme que cela s’est reflété sur les dépenses de l’entreprise.

Un emploi pour vous?

La facture immobilière s’est réduite parce qu’on a des gens qui sont mobiles, des gens qui vont travailler deux à trois jours par semaine de la maison […] On a réduit le nombre de mètres carrés utilisés grâce à ça. – Catherine Bédard, directrice générale du service personnes et culture, Telus

Le géant des télécommunications, qui a introduit le télétravail en 2006, estime avoir économisé 50 millions de dollars en location d’espaces de bureau sur une période de 10 ans.

Les employés, séduits par cette organisation décentralisée des tâches, y trouvent également leur compte.

Deux cafés lattés par jour, on est à 10 $, on a le dîner à 15 $, après ça, on a le transport en commun, la passe de métro qui est de 80 $ [mensuellement]. C’est sûr que travailler à la maison, il y a une économie. – Geneviève Brunet-Denis, conseillère en marketing, Telus

Moins de pression

Pour Geneviève Brunet-Denis, mère de deux jeunes enfants, partager son temps entre le bureau et la maison n’a pas de prix. « Quand on a un enfant malade, quand on a le conjoint qui voyage aussi, être capable de travailler de la maison facilite [le fait] d’aller reconduire les enfants à la garderie. Souvent, je vais être plus efficace, moins de déconcentration que si j’étais au bureau », explique-t-elle.

Telus pense pouvoir attirer davantage de jeunes talents en offrant cette possibilité de travailler chez soi.

On n’a pas de frontières au talent. On peut recruter la meilleure personne avec les meilleures compétences, où qu’elle soit. – Catherine Bédard

Toutefois, il faut garder le contact, car l’isolement guette parfois l’employé tout seul chez lui.

Éric Legault, vice-président, livraison de services, est responsable de 600 employés à Telus. Il évoque des rencontres mensuelles pour tous les membres des équipes. « Ça va être une revue des stratégies à venir et aussi se donner le temps de pouvoir communiquer entre eux et former cette chimie d’équipe. »

On peut décider de ramener l’employé au bureau pour une certaine période de temps pour s’assurer qu’on a le bon encadrement. – Eric Legault, vice-président, livraison de services, Telus

Une approche qui ne convient pas à tous

Le télétravail ne convient pas à tous les employés ni à toutes les entreprises. Pour que cela fonctionne, il faut une gestion axée sur des objectifs clairs et des résultats.

Pour Catherine Bédard, « à partir du moment où on fixe un objectif qui est ambitieux, c’est à ça qu’il faut associer la performance. Ce n’est pas à combien d’heures tu as réalisées aujourd’hui, combien de fois je t’ai vu au bureau cette semaine ».

Pourtant, les préjugés sont tenaces, et les modes de gestion, encore traditionnels.

Les résistances viennent systématiquement des cadres intermédiaires. – Diane-Gabrielle Tremblay, professeure au département économie et gestion, Université TÉLUQ

Il s’agit de gens « qui ont un mode de gestion traditionnel, précise Mme Tremblay, qui pensent qu’en voyant le personnel autour d’eux, ils contrôlent davantage et il y aura plus de productivité. En fait, ce n’est pas vrai ».

De façon générale, le télétravail attire davantage les travailleurs vieillissants, mais aussi les plus jeunes, habitués à rester connectés et à former une communauté, où qu’ils soient.

Les travailleurs de 30 à 45 ans hésitent, par peur de manquer des dossiers importants ou des occasions de carrière, s’ils ne se montrent pas assez présents au bureau.

D’après le reportage de Myriam Fimbry



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