L’entrevue

, par Louise Proulx.

Ce matin-là, Mathilde s’était réveillée en sursaut. C’était une journée importante, qui pouvait changer le reste de sa vie. La veille, elle avait minutieusement choisi les vêtements qu’elle porterait. Son maigre portefeuille ne lui permettait pas d’avoir les accessoires appropriés. Ses chaussures faisaient mauvaise figure et son sac à main n’était guère mieux, mais elle allait s’en contenter pour aujourd’hui. De toute façon, si elle décrochait le poste, elle aurait droit à tous les bijoux, foulards et autres jolis ornements qu’elle désirait depuis si longtemps.

La jeune femme de 24 ans se cherchait un emploi de secrétaire depuis déjà un an. En attendant de décrocher le boulot de ses rêves, elle servait une vingtaine d’heures par semaine au restaurant Chez Mado, à Victoriaville.

C’est là qu’on lui avait refilé le tuyau pour le poste qui s’ouvrait au bureau du dentiste Roux. Même si le vieux dentiste était réputé pour son caractère austère, Mathilde ne s’en souciait pas. Son désir de prendre la place madame Bergeron était plus fort que tout. La pauvre vieille secrétaire souffrait tellement à cause de l’arthrite qui avait pris le contrôle de son corps qu’elle avait dû prendre sa retraite après 40 ans de bons et loyaux services auprès de son cher dentiste.

Un emploi pour vous?

Tout d’un coup, Mathilde fut aux prises avec une crise de doutes : « Dans le fond, pour qui je me prends pour m’imaginer que l’on puisse me confier ce poste, à moi, plutôt qu’à une autre? Je ne suis pas la plus jolie, ni la plus intelligente, je ne suis même quasiment jamais sorti de la ville… », se disait-elle.

Non, Il ne fallait surtout pas laisser les petits démons pessimistes envahir son cerveau. « Je suis capable ! J’ai tout le potentiel et les compétences qu’il faut. Je suis certainement la meilleure personne pour prendre les rênes de cet emploi…», qu’elle se répétait sans cesse, comme une prière, dans sa tête.

Alors, en ce matin pluvieux du d’octobre, la jeune secrétaire s’habilla avec soin, se maquilla du mieux qu’elle le pouvait, prit son petit déjeuner, se brossa les dents dans l’espoir de les blanchir un peu, agrippa son sac à main défraîchi et se dirigea avec la détermination d’une lionne vers la porte de sortie.

Le centre-ville de Victoriaville était seulement à quelques minutes de chez elle en bicyclette. Elle arriva, comme elle l’avait calculé, quelques instants avant l’heure fatidique. En montant les escaliers qui menaient au bureau du docteur Roux, son cœur devint fou, comme pris en cage. Il se débattait dans sa poitrine trop maigre. On aurait dit qu’il voulait s’échapper de son corps.

Mathilde ouvrit enfin la porte du bureau. Un silence terrible y régnait. Elle se racla la gorge pour faire signe de sa présence. Personne ne vint. Pas qu’elle s’attendait à un comité d’accueil quelconque, mais ce silence l’inquiétait. Elle attendit cinq, dix, quinze minutes. Les idées dans sa tête se bousculaient. « Ce n’est peut-être pas la bonne journée », « aurait-il oublié ? », « que fait-il pour l’amour du bon Dieu ? ».

Au bout de 20 minutes, n’y tenant plus, l’aspirante secrétaire se leva, se dirigea vers la porte de la salle d’opération, tourna la poignée et, en entrant, elle comprit. Tout devant blanc, les objets se mirent à tourner autour d’elle, et elle perdit connaissance.

Lorsqu’elle rouvrit les yeux, le dentiste était penché au dessus d’elle et lui souriait tout en lui montrant les deux dents de sagesse qu’il venait de lui extraire. Elle avait passé l’épreuve haut la main !



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