Tout sur l’intimidation en milieu de travail

, par Florence Tison.

Si le harcèlement et l’intimidation sont fréquents au bureau, il n’existe aucun moyen de déterminer qui sera intimidateur et qui sera victime.

Cela pourrait donc vous arriver à vous aussi.

À chaque semaine, 40% des travailleurs canadiens seraient victimes d’intimidation, et plus de 70% des intimidateurs occuperaient un poste plus élevé que celui de leur victime.

Un emploi pour vous?

La secrétaire de direction Josée Simard l’a vécu : « Une gestionnaire qui écoute les conversations téléphoniques, qui demande à avoir un dossier dès que je discute avec une personne quelques minutes de trop, qui compte les minutes lors de la pause, qui te cherche lorsque tu restes deux minutes de trop à la toilette… ».

Le harcèlement et l’intimidation au travail peuvent ressembler à ça, mais ont aussi plusieurs autres visages.

C’est quoi, l’intimidation?

Voici comment la loi définit l’intimidation : « Tout comportement, parole, acte ou geste délibéré ou non à caractère répétitif, exprimé directement ou indirectement, y compris dans le cyberespace, dans un contexte caractérisé par l’inégalité des rapports de force entre les personnes concernées, ayant pour effet d’engendrer des sentiments de détresse et de léser, blesser, opprimer ou ostraciser. »

Le ministère de la Famille du Québec a préparé ce tableau pour expliquer l’intimidation. S’il concerne principalement le milieu scolaire, nous remarquons en le consultant que certains adultes n’ont jamais quitté l’école.

Intimidation ou pas?

Pour que la conduite d’un collègue soit qualifiée de harcèlement psychologique ou d’intimidation, elle doit rencontrer tous les critères de la Loi sur les normes du travail. Les actes perpétrés par l’intimidateur doivent :

1. Être vexatoires et répétés ou vexatoires et graves

Qu’entend-on par vexatoires? La conduite de l’intimidateur doit être « abusive, humiliante ou offensante pour la personne qui la subit ». N’importe qui placé dans la situation de la victime doit trouver les actes vexatoires, et ce même si l’intimidateur ne fait pas exprès pour blesser.

Le comportement doit se répéter à plusieurs reprises. On ne peut reprocher à un collègue de mauvaise humeur un matin en particulier d’intimider ses collègues. S’il ne se produit qu’une seule fois, l’acte reproché doit être d’une gravité importante, comme du harcèlement sexuel qui fait partie de l’harcèlement psychologique.

2. Être hostiles ou non désirés par l’employé

Par hostile, on entend « agressif, menaçant, défavorable, (des actes) posés par quelqu’un qui se conduit en ennemi ». Un acte est non-désiré lorsqu’il « non-voulu, non-recherché ou non-souhaité », et ce même si la victime n’exprime pas son opposition.

3. Porter atteinte à la dignité ou à l’intégrité physique ou psychologique de l’employé

Suite au comportement de son collègue, l’employé se sent « diminué, dévalorisé, dénigré ». Ce n’est pas à prendre à la légère : la victime peut souffrir de conséquences psychologiques et physiques à long terme.

4. Engendrer un milieu de travail néfaste

L’agissement de l’intimidateur doit avoir pour conséquence une détérioration du milieu de travail.

Selon WorkSafeBC, l’intimidation et le harcèlement ne constituent pas :

  • La simple expression d’une différence d’opinions;
  • La rétroaction, l’orientation ou les conseils constructifs à propos du comportement au travail;
  • Des mesures raisonnables prises par un employeur ou un superviseur en lien avec la gestion et la direction des travailleurs ou du lieu de travail (p. ex. la gestion du rendement d’un travailleur, la prise de mesures disciplinaires raisonnables, l’attribution de travail).

Quelques exemples d’intimidation au travail

Le Centre canadien d’hygiène et de sécurité au travail a dressé une liste d’actes qui peuvent être associés à l’intimidation.

  • Répandre des rumeurs malveillantes, du commérage ou des insinuations.
  • Exclure ou isoler une personne socialement.
  • Intimider une personne.
  • Détruire ou consciemment entraver le travail de quelqu’un.
  • Abuser physiquement ou menacer de le faire.
  • Retirer des responsabilités sans raison.
  • Changer constamment les directives de travail.
  • Imposer des échéances impossibles qui mèneront la personne à échouer.
  • Retenir des renseignements nécessaires ou donner pertinemment de la mauvaise information.
  • Plaisanter dans le but d’offenser, verbalement ou par courriel.
  • S’immiscer dans la vie privée d’une personne en l’importunant, l’épiant ou la traquant.
  • Imposer des tâches excessives ou une charge de travail désavantageuse pour une personne (ce qui lui cause un stress inutile).
  • Attribuer une charge insuffisante de travail – créer un sentiment d’incompétence.
  • Crier ou jurer.
  • Critiquer constamment une personne.
  • Rabaisser les opinions d’une personne.
  • Punir sans en avoir de raison (immérité).
  • Refuser les demandes de formation, de vacances ou de promotion.
  • Modifier les effets personnels ou le matériel de travail d’une personne.

Quand l’intimidation devient un crime

Éduqualoi.qc.ca indique que dans certains cas, l’intimidation constitue un crime selon la loi.

Par exemple, l’intimidation peut être criminelle lorsqu’elle prend la forme de menaces, de violence psychologique ou verbale, de rumeurs malveillantes, de vol ou bris de biens personnels, de fraude d’identité, de harcèlement criminel, de pornographie juvénile, de distribution d’images intimes ou d’incitation à la haine.

Les conséquences de l’intimidation sur la victime

Ça semble familier? Il est temps de passer à l’acte avant que les effets à long terme du harcèlement ou de l’intimidation se fassent sentir. Et ils peuvent être très graves!

Selon le Centre canadien d’hygiène et de sécurité au travail, la victime d’intimidation peut ressentir un choc, de la colère, un sentiment de frustration, d’impuissance, de vulnérabilité, et une baisse de confiance en soi.

Au travail, cela peut se manifester comme une incapacité à se concentrer, de même qu’un découragement et une faible productivité.

Malheureusement, les conséquences de l’intimidation peuvent suivre la victime jusqu’à chez elle, sous forme de tension et de stress, et même de la panique et de l’anxiété avant le départ au travail.

Des symptômes physiques ont même fréquemment été observés chez les victimes d’intimidation! On parle d’insomnie, de perte d’appétit, et aussi de maux d’estomac et de tête.

Le site Violenceautravail.ca a publié un sondage au sujet de la violence au travail auprès de travailleurs du Québec en 2012. Les conséquences dont témoignent les victimes et les témoins font frissonner :

1. Des flashbacks (femmes 38 % / hommes 32 %);

2. Des cauchemars (femmes 24 % / hommes 24 %);

3. De l’évitement (femmes 34 % / hommes 29 %);

4. Une perte d’intérêt (femmes 17 % / hommes 17 %);

5. Un sentiment de culpabilité (femmes 28 % / hommes 25 %);

6. De l’irritabilité (femmes 36 % / hommes 42 %);

7. Des troubles du sommeil (femmes 31 % / hommes 34 %);

8. De l’hypervigilance (femmes 49 % / hommes 33 %);

9. Des difficultés de concentration (femmes 29 % / hommes 22 %).

Des effets néfastes sur le bureau entier

Les conséquences ne concernent pas que la victime d’intimidation. Le milieu de travail entier peut en pâtir et devenir tout à fait malsain. Voici quelques conséquences de l’intimidation sur le bureau, d’après le Centre canadien d’hygiène et de sécurité au travail :

  • un taux élevé d’absentéisme;
  • un roulement élevé du personnel;
  • un niveau élevé de stress;
  • des coûts élevés pour les programmes d’aide aux employés (PAE), les exercices d’embauche, etc.;
  • un risque élevé d’accidents et d’incidents;
  • une perte de productivité et de motivation;
  • un moral bas;
  • une mauvaise réputation et une confiance affaiblie des clients;
  • un service à la clientèle médiocre.

Que faire lorsqu’on est victime d’intimidation ou de harcèlement

Katherine Van den Hende, conseillère principale au service de recrutement chez Auto-jobs.ca, n’y va pas par quatre chemins : « Le meilleur moyen pour la personne victime, c’est de confronter la personne intimidatrice. Si elle n’est pas à l’aise de le faire toute seule, elle peut demander à son supérieur de l’accompagner. »

Katherine Van den Hende, conseillère principale au service de recrutement chez Auto-jobs.ca.
Katherine Van den Hende, conseillère principale au service de recrutement chez Auto-jobs.ca.

Le site Éduqualoi.qc.ca offre quant à lui cette marche à suivre :

1. Tenter de régler le problème seul;

2. Consulter les personnes ressources au sein de votre entreprise;

3. Consulter votre représentant syndical;

4. En parler avec votre employeur;

5. Obtenir les conseils juridiques d’un professionnel du droit;

6. Déposer une plainte pour harcèlement psychologique.

On conseille de tenir un journal des comportements offensants de l’intimidateur, en faisant bien attention de noter ce qui suit à chaque fois :

  • La date et l’heure;
  • La description de l’incident dans tous ses détails;
  • Le nom des témoins;
  • L’effet de l’incident sur vous et le bureau.

Conservez aussi soigneusement tous les documents provenant de l’intimidateur, que ce soient des lettres, notes, courriels, fax, reçus, etc.

À ne (surtout) pas faire lorsqu’on est victime d’intimidation

Ne pas répliquer ni se venger! Vous pourriez passer pour l’instigateur du conflit.

On est témoin d’intimidation au travail?

Pas facile de savoir comment réagir face à cette situation! La conseillère Katherine Van den Hende a quelques idées pour vous aider.

« En tant que collègue, vous pouvez peut-être voir si la personne concernée a besoin d’en parler. Il faut essayer de comprendre la situation sans s’en mêler directement : on veut pas que ce soit ébruité. Il faut être d’une bonne écoute, et conseiller la personne, pas refaire la même chose (que l’intimidateur) comme une vengeance. »

Bref, il faut une bonne oreille… et beaucoup de doigté.

Du côté de l’employeur, mieux vaut avoir une politique écrite claire concernant la violence en milieu de travail, élaboré par la direction et des représentant des employés et qui s’applique à tous, des gestionnaires aux clients, bref, toute personne en relation avec l’entreprise.



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