Trans et fière future secrétaire

, par Elyse Perreault.

Au début de la cinquantaine, elle décide enfin de s’affirmer et retourne aux études apprendre le métier dont elle a toujours rêvé!

Enfermer son passé masculin à double tour et jeter la clé pour tout recommencer : voilà ce qu’Emmanuelle Demers a eu le courage de faire à 49 ans. Deux ans plus tard, elle ne regrette rien du grand saut qui l’a libérée d’un lourd secret trop bien gardé.

En pleine transition pour devenir femme à part entière, elle en profite pour renouer avec ses ambitions. Parmi celles-ci, un rêve qu’elle a toujours caressé : devenir secrétaire.

Un emploi pour vous?

De retour sur les bancs d’école à 51 ans, elle est fière de pouvoir enfin incarner son identité et accepte de se confier à Secrétaire-Inc. Son objectif? Sensibiliser jeunes et moins jeunes à la réalité de la transsexualité, et encourager ceux qu’elle pourrait concerner à consulter sans attendre, plutôt que de s’isoler.

Un demi-siècle à faire « comme si » …  

À dix ans, Emmanuelle raconte avoir dit à sa mère qu’elle aimerait devenir secrétaire, mais s’être fait répondre qu’il ne s’agissait pas d’un emploi adéquat pour un garçon. Bien que cette aspiration se soit confirmée au fils des années, elle affirme l’avoir refoulée pour se tourner vers des métiers plus typiquement masculins, en rejoignant notamment les rangs des Forces armées pour ensuite devenir électricien, puis camionneur.

« Disons que j’étais loin du métier de secrétaire! » lance-t-elle en riant.

Parallèlement à sa vie professionnelle, Emmanuelle a été mariée à deux femmes et a eu trois enfants, maintenant adultes.

« Je suis devenue un gars par imitation, pas par conviction », dit-elle.

Une lumière au bout du tunnel

Maintenant établie à Montréal, Emmanuelle se donne enfin le droit de briller, toujours souriante et pomponnée. Depuis l’été 2018, elle étudie en secrétariat et comptabilité à l’Emica.

« J’ai toujours su que ce métier était fait pour moi, dit-elle. J’aime me sentir utile, voire indispensable, et sentir que j’aide vraiment les gens. Cette profession requiert beaucoup de structure et d’organisation, deux de mes grandes forces. »

Emmanuelle souligne qu’elle ne se serait pas permise de concrétiser ce rêve en tant qu’homme en raison des nombreux préjugés encore véhiculés par notre société. Elle déplore cette réalité, croyant que beaucoup d’hommes pourraient se réaliser dans cette profession.

Bien qu’elle reconnaisse qu’un retour aux études à son âge constitue un gros défi, son enthousiasme rayonne par ses bons résultats scolaires. D’ailleurs, ses professeurs l’encouragent dans sa démarche et lui demandent régulièrement d’aider ses collègues de classe. Consciente que son apparence et son physique imposant peuvent attirer l’attention, elle se réjouit de s’être sentie accueillie et respectée par les enseignants et étudiants dès la rentrée.

« Une fois qu’on s’accepte comme on est, toutes les barrières de l’image s’effondrent! »

Emprisonnée dans un corps d’homme

Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’histoire d’Emmanuelle n’a rien de conventionnel!

Dès son enfance, la Sherbrookoise avait l’impression viscérale d’être née dans le mauvais corps.

« J’ai découvert qu’Emmanuelle était en moi quand j’avais à peine cinq ans, dit-elle, d’entrée de jeu. J’ai toujours su que j’étais une femme emprisonnée dans un corps d’homme. »

En secret, elle méprisait son apparence masculine et son nom de garçon.

« Enfant, il m’arrivait d’enfiler des vêtements de femme en cachette, se souvient-elle. J’ai continué à le faire de plus en plus souvent au fil du temps, tout en niant ce qui se passait, même si au fond de moi, je le savais…»

Ce combat aura tôt fait de l’entraîner dans le tourbillon de l’alcool et de la drogue pour engourdir sa souffrance, jusqu’au jour où elle ne trouvait plus la force de continuer à faire « comme si ».

« C’était la transition ou le suicide. Je ne voyais pas d’autres options », dit-elle avec émotion.

Cela dit, le matin où elle avait prévu de passer à l’acte, ses responsabilités paternelles lui ont permis de s’accrocher et d’aller consulter.

« Je me suis enfin décidée. Après une heure d’évaluation, le psychiatre m’a annoncé que je souffrais de dysphorie de genre. La délivrance de donner un nom à ma souffrance! »

Son processus de transition s’est alors enclenché: garde-robe féminine, maquillage, hormonothérapie, changement de nom et démarches pour devenir secrétaire…  Plus question de reculer, malgré une rupture, une faillite, une perte d’emploi et certaines amitiés brisées.

Nouveau départ

Après avoir complété sa formation en octobre prochain, Emmanuelle compte démarrer sa propre entreprise en secrétariat et comptabilité.

« La gestion des finances et de la paperasse d’une entreprise est complexe, mais mes apprentissages vont me permettre de bien gérer la pression », souligne la future secrétaire.

En parallèle, celle-ci attend impatiemment l’intervention chirurgicale qui arrimera enfin son anatomie à son identité. Malgré certains jours plus gris, elle se dit fière du parcours accompli et entrevoit la suite avec optimisme.



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