5 à 7

, par Louise Proulx.

La journée s’était déroulée dans le calme. Pas de problèmes insurmontables, pas de remarques désobligeantes — ni de la part de ses collègues ni de la part de son patron. Mathilde envisageait une soirée sous le même thème : tranquille et sans remous. Elle mangerait son restant de pâtes au pesto de la veille et écouterait un épisode ou deux d’Unité 9 sur son ordi.

Elle s’apprêtait à partir du bureau quand son patron, Simon, l’interpela : « Mathilde ! tu peux venir me voir s’il te plaît ? » Elle le rejoignit dans son bureau.

— Voici 200 $. Prends-les. Je te donne une heure pour aller t’acheter une tenue convenable pour le 5 à 7 de l’Académie. Tu m’accompagnes et tu ne discutes pas.

Un emploi pour vous?

Cela faisait cinq mois que Mathilde travaillait chez Durocher, Gascon et associés. Une chose pareille ne s’était pourtant jamais produite auparavant.

Simon Durocher était un homme gentil, mais froid et réservé. Il n’était pas beaucoup plus vieux que Mathilde ; peut-être avait-il 42 ou 43 ans. Quand il l’avait embauchée comme secrétaire, elle se sortait d’une énorme peine d’amour. La jeune femme n’avait alors pas remarqué que Me Durocher avait un sourire désarmant et d’aussi beaux yeux.

Elle ne comprenait pas la nature de cette invitation et cela l’a rendait perplexe. Tout en essayant de garder la tête haute et de contenir sa nervosité, Mathilde bredouilla simplement : « D’accord ! »

Une heure plus tard, un taxi emmenait Me Durocher et sa secrétaire au 5 à 7 annuel de l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision. Mathilde s’était dénichée un tailleur tout à fait convenable, un chemisier vaporeux dans les teintes de rouge, et elle avait casqué de sa propre poche pour une paire de souliers à talons hauts qui lui avait fait de l’œil.

Simon l’avait à peine regardée lorsqu’elle revint de la salle de bain avec ses vêtements neufs sur le dos. Mais en lui ouvrant la portière du taxi, il lui murmura à l’oreille : « Vous êtes parfaite ! » Mathilde ne put retenir le petit gloussement qui s’échappa de ses cordes vocales.

Le trajet s’effectua dans un silence plutôt gênant pour Mathilde. Elle essayait de paraître à l’aise et légère, mais plus ils se rapprochaient de l’Hôtel de la Montagne où avait lieu la soirée, plus son malaise grandissait. Son métier de secrétaire lui avait appris la discrétion, elle n’allait donc pas, de son propre chef, engager la conversation. De toute façon, aucun sujet intéressant ne lui venait en tête. Ce n’est qu’au sortir du taxi que Simon lui adressa la parole le plus sérieusement du monde :

— Si je voulais que vous m’accompagniez, c’était pour une raison bien particulière. S’il vous plaît, faites-moi confiance. Restez près de moi, souriez et, je vous en prie, détendez-vous.

La pauvre Mathilde était de plus en plus mystifiée. Elle avait toujours eu un certain succès avec les hommes, mais jamais un homme de cette envergure ne l’avait sortie. Elle se sentait tout à la fois choyée et confuse.

L’avait-il invitée en tant que femme ou en tant que secrétaire ? Ce genre d’homme pourrait-il réellement lui plaire ? Elle en était là dans ses réflexions lorsqu’ils franchirent le hall de l’hôtel.

Après avoir traversé le corridor, ils arrivèrent enfin à la porte de la salle qui accueillait l’événement. Simon fit le geste d’ouvrir la porte, mais se ravisa. Il se tourna vers Mathilde avec un air intriguant, lui prit la main et l’entraîna vers une autre salle. Le cœur de la jeune femme fit trois tours dans sa poitrine. Tout cela était bien curieux.

Un écriteau au dessus de la porte d’entrée indiquait qu’il s’agissait de la Salle des célébrations. Simon s’arrêta et ordonna à sa secrétaire d’ouvrir la porte. Ce qu’elle fit. Une vague de hurlements joyeux et festifs lui parvinrent. Une bande de personnes souriantes et chaleureuses, dont elle reconnaissait étrangement tous les visages, lui criaient d’une même voix : « Surprise ! ». Et elles entonnèrent en chœur : « Bonne fête Mathilde, bonne fête Mathilde… ».

Son patron avait été un complice extraordinaire pour sa famille et ses amis qui tenaient à souligner les 40 ans de Mathilde de façon très spéciale…



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