La dispute

, par Louise Proulx.

Enfin samedi ! Mathilde adore les samedis. Le plus souvent, elle en profite pour cuisiner un peu afin d’avoir des lunchs prêts pour sa semaine de travail. Parfois, elle se paie un film au cinéma ou une visite dans un musée. Aujourd’hui, le soleil lumineux du mois d’octobre lui donne envie d’aller se promener au parc. Son travail d’adjointe administrative chez ”ALB aluminium” lui donne peu l’occasion de profiter du plein air.

D’autant plus que son patron, Alain Bellemare, lui fait des misères, et elle doit trimer parfois jusqu’à 50 heures par semaine pour arriver à répondre à ses exigences. « Mathilde », ici. « Mathilde », là. « Avez-vous terminé avec ce dossier ? Avez-vous téléphoné à un tel ? Annulez-moi ce rendez-vous ! Dites à ma femme ci ! Dites à ma femme ça ! Je dois avoir ce dossier sur mon bureau demain matin ! ». La pauvre secrétaire en fait des cauchemars…

Si bien que, mercredi passé, elle n’a pas pu se retenir et lui a répondu : « Si vous passiez moins de temps à vous fouiller dans l’nez et plus de temps à agir en professionnel, j’passerais pas mes journées à mettre des ”plasteures” sur votre incompétence. » Son patron est devenu livide, puis rouge comme un homard cuit, son sang ayant fait un aller-retour à une vitesse fulgurante de part en part de ses veines.

Un emploi pour vous?

Elle s’attendait à être relevée de ses fonctions sur-le-champ (ce qui n’était pas si désagréable comme idée), mais non. Son procrastinateur de patron la regarda — on aurait dit que la fumée allait lui sortir des oreilles tellement il semblait être indigné —, quelques sons s’échappèrent des commissures de sa bouche crispée sans pourtant qu’aucune parole audible soit prononcée. À la manière d’un pantin de bois, il tourna les talons et se dirigea vers son bureau.

Le reste de la semaine, Alain Bellemare s’adressa à Mathilde avec une voix d’une douceur presque timide. Son attitude s’était complètement transformée, on aurait dit un enfant qui avait été pris en flagrant délit de mauvais coup. La secrétaire était sous le choc. Elle se disait qu’avoir su qu’elle pouvait avoir un tel impact sur le comportement des autres, elle serait devenue psychologue ! Ça aurait été plus payant !

Son weekend-end de congé lui ayant fait le plus grand bien, Mathilde se réveilla le lundi matin ré-énergisée et détendue. C’est donc en chantonnant qu’elle entra au bureau. Sa chansonnette perdit vite son intensité lorsque la secrétaire s’aperçut que l’endroit où se trouvait normalement son bureau était maintenant vide. Où étaient passées toutes ses choses ? Son ordinateur, son calendrier, la photo de son neveu, ses documents et tout le reste ?

Elle se dirigea vers le bureau de son patron pour s’enquérir de la situation. Idem.

Baignée d’une lumière aveuglante, la vaste pièce était complètement vide. Plus de bureau, plus de téléphone, pas un seul petit crayon restant.

Éblouie par le soleil qui entrait dans la pièce, Mathilde tentait de trouver un indice de ce qui avait bien pu se passer ici. C’est alors qu’elle aperçut, en plein centre de la pièce, une feuille de papier couchée au sol. Sur cette feuille, un dessin représentant un jeune garçon qui offre une pomme à quelqu’un que l’on ne voyait pas. Au verso de cette feuille, la même phrase répétée au point de ne laisser aucun espace blanc : « Je ne jouerai plus dans mon nez… Je ne jouerai plus dans mon nez… Je ne jouerai plus dans mon nez… ». Et pour finir, tout en bas de la feuille : « Je mets la clé dans la porte ».



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