Avec l’expérience, nous devenons souvent, sans l’avoir planifié, une référence pour les autres. Un mentorat informel qui fait presque partie du métier en soutien administratif.
Conseiller, partager ses outils, transmettre ses méthodes, accompagner celles et ceux qui souhaitent évoluer… Ça vous dit quelque chose ?
Eh oui, ce sont des formes de mentorat en administration rarement officielles. Ce dernier se manifeste dans les gestes du quotidien. Expliquer comment préparer une réunion, partager un modèle ou relire un document, se présenter à une rencontre importante ou transmettre les codes parfois invisibles d’une organisation.
Avec les années, nous développons un savoir qui dépasse les compétences techniques. anticiper, exercer son jugement, comprendre les dynamiques organisationnelles, gérer la confidentialité et naviguer dans des situations complexes.
Ce savoir mérite d’être transmis. Mais cette disponibilité représente aussi du temps et de l’énergie, et elle peut devenir une charge supplémentaire lorsqu’aucune limite n’est établie.
La frontière entre transmission et surcharge émotionnelle
Lorsque l’on aime aider, la frontière entre accompagner quelqu’un et prendre en charge son développement peut être mince.
Nous partageons nos outils, relisons un CV, ouvrons notre réseau, répondons à une question puis à une autre. Pris séparément, ces gestes semblent anodins. Additionnés, ils peuvent constituer une véritable charge invisible.
J’ai moi-même dû apprendre à mieux définir cette frontière. Un mentor peut ouvrir une porte, partager son expérience, poser les bonnes questions et transmettre des outils. Mais il ne peut pas franchir la porte à la place de l’autre.
Un mentorat sain devrait développer l’autonomie, et non la dépendance.
Construire un héritage professionnel sans s’oublier
Plus j’avance dans ma carrière, plus ma définition de la réussite professionnelle évolue.
Notre héritage ne se limite pas aux postes occupés ou aux projets réalisés. Il peut aussi se trouver dans une collègue qui comprend mieux sa valeur, une adjointe qui découvre la gouvernance, une méthode de travail qui continue d’être utilisée, ou une professionnelle qui, à son tour, transmet ce qu’elle a appris.
C’est justement cette volonté de transmettre qui m’a amenée à structurer davantage l’accompagnement que j’offrais déjà de façon informelle. Aujourd’hui, à travers le service d’accompagnement en développement de carrière d’AdminPlus Conseils, j’aide notamment des professionnelles à réfléchir à leur positionnement, à valoriser leur expérience et à envisager la prochaine étape de leur parcours.
Mon tout nouveau livre De secrétaire à adjointe exécutive : un parcours vers l’excellence professionnelle s’inscrit dans cette même démarche de partage des apprentissages acquis au fil des années, de manière à ce qu’ils puissent servir à d’autres.
Structurer pour mieux transmettre
Pour continuer à transmettre sans s’épuiser, il faut parfois passer du mentorat spontané au mentorat intentionnel.
Alors, lorsqu’une même question revient régulièrement, pourquoi ne pas créer un outil ou une formation sur le sujet ? Et lorsque plusieurs professionnelles vivent les mêmes défis, pourquoi ne pas privilégier un accompagnement collectif ?
On peut aussi établir des balises simples en définissant les objectifs, en fixant une fréquence de rencontres, en clarifiant sa disponibilité et en responsabilisant la personne accompagnée.
Les limites ne diminuent pas la générosité du mentorat, mais elles lui permettent de la préserver.
Notre rôle doit donc évoluer. Par exemple, de « je sais le faire » à « je peux te montrer comment faire », puis à « tu peux maintenant le faire sans moi ».
C’est peut-être cela, notre héritage professionnel : permettre à d’autres d’avancer grâce à ce que nous avons appris, sans nous oublier dans le processus.
Je vous retrouve bientôt pour une prochaine chronique !